RetourLe Sentier lumineux renaît de ses cendresProfitant du soutien des narcotrafiquants, le mouvement de guérilla connaît une seconde jeunesse. Bien équipé, il résiste à l’armée, qui multiplie les opérations pour l’éradiquer. 28.05.2009 | Ruth Costas | O Estado de São Paulo L’opération lancée par le gouvernement pour contrer le nouveau
Sentier lumineux dans la VRAE a été baptisée “Excelencia 777”. Il
s’agit de la plus grande opération militaire entreprise depuis dix ans
au Pérou. Elle a débuté en août 2008, mais, ces derniers mois, la
nécessité de nouveaux investissements s’est clairement fait sentir.
Depuis janvier, onze embuscades dans la région ont coûté la vie à
32 militaires. Le chef de l’armée, Otto Guibovich, admet que le Sentier
lumineux pourrait compter jusqu’à 600 membres, le double de ce que les
autorités reconnaissaient jusqu’à présent. “Le
Sentier lumineux a réussi à changer ses rapports avec la population et
avance si vite qu’il fait désormais penser aux Forces armées
révolutionnaires de Colombie (FARC), estime Otto Guibovich. Je ne peux écarter la possibilité d’un lien avec ce groupe, ils ont recours à des techniques très similaires.”
D’inspiration maoïste, parmi les nombreuses guérillas qui se sont
multipliées dans la région durant la guerre froide, le Sentier lumineux
s’est distingué comme le mouvement révolutionnaire le plus féroce et le
plus sanguinaire d’Amérique latine. Il a compté jusqu’à 10 000 membres
et causé la mort de plus de 35 000 personnes entre 1980 et 1999, soit
une moyenne de 5 assassinats par jour. Selon plusieurs enquêtes, ce
mouvement de guérilla communiste fanatique s’est transformé en un
groupe de narcotrafiquants à partir de juillet 1999, après
l’arrestation d’Oscar Ramírez Durand, “camarade Feliciano”, numéro deux
du mouvement. De 1992 à 1999, Durand avait poursuivi la lutte contre
l’armée et les milices paramilitaires locales, désobéissant ainsi aux
ordres du premier leader et fondateur du groupe, Abimael Guzmán,
“président Gonzalo”, alors en prison. Celui-ci voulait que le mouvement
signe la paix avec le gouvernement d’Alberto Fujimori (1990-2000).
La réapparition du Sentier lumineux, qui a semé la terreur au Pérou dans les années 1980 et 1990, risque de provoquer de nouveaux conflits dans le pays. Renforcés par leur alliance avec les narcotrafiquants, les derniers représentants du mouvement de guérilla ont fait leur réapparition dans le sud du pays, dans la vallée des fleuves Apurímac et Ene, connue aussi sous le nom de VRAE. Leur objectif n’est plus de remplacer les “institutions bourgeoises” par un régime communiste rural, comme par le passé. Ces derniers mois, ils tentent de redorer le blason idéologique du groupe en donnant des allures de “guerre populaire” à ce qui n’est rien d’autre qu’une lutte pour la maîtrise de la route de la drogue. |